Hommage à Michel Roquebert

Michel Roquebert

Nous venons d'apprendre la mort de Michel Roquebert.

Pour toutes ceux et celles qui s'intéressent à l'Histoire d'Occitanie, c'est le nom de l'un des plus grands connaisseurs d'un épisode-clé de cette Histoire, la Croisade contre les Albigeois. Au moment où Roquebert, après ses Citadelles du Vertige de 1966, entame le long travail des cinq tomes de son Épopée Cathare, l'affaire albigeoise n'intéresse guère les historiens professionnels, qui le laissent à des amateurs parfois plus illuminés qu'éclairés : à l'exception de René Nelli, ceux qui en parlent le plus sont ainsi des romancières comme Zoé Oldenboug, ou même le pétainiste non-repenti Pierre Belperron : c'est dans leurs ouvrages que quiconque voulant en savoir plus devait se renseigner sur une Croisade que le documentaire télé Les Cathares venait de révéler à des Occitans qui l'ignoraient. Il faut comprendre, donc, l'importance de l'apport de Roquebert. Ce journaliste de profession et philosophe de formation était un véritable historien. Sa familiarité avec les archives, qui lui permettent par exemple d'identifier les réseaux familiaux qui constituent la communauté cathare, sa rigueur intellectuelle qui le préserve de toute extrapolation, lui permettent de décrire, au-delà de l'évènement, toute la complexité des problèmes religieux, politiques, culturels qui se posent au moment de la Croisade.

Roquebert a continué à travailler et à publier pratiquement jusqu'à la fin. Et le département d'occitan de l'Université Paul-Valéry a eu le privilège de le recevoir dans son séminaire l'année dernière. Car la dimension occitane ne lui était pas étrangère : il avait participé à un débat de la revue Viure à la sortie de son premier livre, et il était également venu le présenter à la première Université occitane d'été à Montpellier en 1972.

Oui, pour tous ceux et celles qui s'intéressent à l'Histoire occitane, et plus particulièrement pour tous ceux et celles qui l'ont connu et apprécié personnellement, c'est avec peine que nous recevons l'annonce de sa mort. La FELCO se joint à cette peine, et à celle de tous ceux et celles, occitanistes ou non, qui la partagent.

Philippe Martel, Conseiller du Congrès,

historien, spécialiste d’histoire de l’espace occitan, professeur des universités émérite (Université Montpellier 3)

Hommage à Michel Roquebert, repris de la FELCO, membre du Congrès.