Lettre de liaison :

Vœux du président du Congrès permanent de la langue occitane

Vœux Congrès 2023

Pour la « bona annada », il m'arrive de dire : « baste que l’an novèl valga mai que non pas lo vièlh » (« pourvu que l’année nouvelle vaille plus que l’ancienne »).

Cette année, pour la première fois, il m'a été répondu : « serà pièger... » (”Elle sera pire...”). Pourvu que non !

Nous pouvons bien espérer cependant, pour ne pas dire rêver, afin de garder le moral, que les guerres, la pandémie, la sécheresse, les crises de toute sorte, diminuent pour le moins.

Pour l'occitan et les langues dites “régionales” 2021 avait été une année de bonne agitation, de visibilité, de débat, avec une loi enfin votée par une large majorité, la lamentable censure du Conseil constitutionnel, des réactions à tous les niveaux et finalement des avancées avec une loi, un nouveau Conseil des langues régionales, de belles déclarations de l’Élysée et de Matignon, une nouvelle circulaire pour l'enseignement. En 2022, le président candidat, entre les deux tours des élections présidentielles, a bien redit que nos langues étaient des trésors qu'il fallait conserver et transmettre mais l'actualité s’est tournée vers de très dures priorités et les langues régionales sont sorties de la lumière médiatique et des préoccupations gouvernementales.

Les ministères concernés ont même oublié qu'il y avait une loi à mettre en œuvre et montrent bien qu’ils ne veulent pas la respecter en 2023...

Au Ministère de l'Éducation nationale, même si le titulaire a changé, le mépris pour la loi et les langues régionales continue. Le nombre de postes au CAPES pour 2023 a été diminué et la dernière circulaire sur l'enseignement des langues vivantes oublie les langues régionales et fait la promotion du bilinguisme français anglais à l'école. L'enseignement de l'occitan que la loi devrait permettre de relancer est menacé. Il est évident que les recteurs n'ont pas reçu de consignes ni de moyens de Paris pour mettre en œuvre la politique volontariste que la loi et la situation impliquent. Le projet de convention État-Région qui vient de descendre de Paris est creux. Il ne présente pas d'objectifs chiffrés, ne prévoit aucun moyen.

Pour 2023 le budget du Ministère de la culture a progressé de 7% en moyenne mais de zéro pour les langues régionales !

Cet année il faudra, plus que jamais, se mobiliser et mobiliser les élus, les collectivités pour que la loi soit appliquée et que conventions et plans soient porteurs de moyens.

En 2022, le Congrès a accompli sa mission avec la mise à disposition des usagers de nouveaux outils sans précédents notamment Votz, l'impressionnante synthèse vocale, et Revirada, le traducteur automatique. Il faut en féliciter l'équipe de permanents et tous les bénévoles qui ont contribué. Ils ont fait du Congrès permanent un service public de l'occitan, une sorte d'académie numérique.

Son travail, le Congrès le fera aussi cette année s'il en a les moyens. Nous savons bien que la foi et les projets sans argent sont vains... Un nouveau site plus pratique où les différentes ressources seront intégrées les unes aux autres paraîtra bientôt. Les outils disponibles seront améliorés et de nouveaux seront crées pour répondre aux besoins des usagers, de la visibilité de la langue et de sa transmission. Nous espérons que nous pourrons mener à bien les travaux de la nouvelle plateforme linguistique et toponymique et du grand dictionnaire en occitan de toute la langue qui nous manque tant.

Et pour 2023 n'oublions pas que « un bon moment ne fa passar dos de missants » (« un bon moment en fait passer deux de mauvais »).

Gilbert Mercadier
Président du Congrès permanent de la langue occitane